jeudi 17 mai 2012

Je ne sais pas 19

19

Le mutisme, les nuances de gris, un ciel, une percée blanche, éblouissante dans le silence, les traces sur une fenêtre. Ne rien dire, trop, il y a toujours trop. Dans les courbatures d’un corps, attendre, sans savoir, un signe, une avalanche, se contraindre dans la liberté de ne pas bouger, accepter d’être dégueulasse, les cris dans le cristal des lustres, les corps dans la transparence des peaux, un tourbillon dans la fixité trouble du regard. Des chaises comme des sculptures, l’émotion, l’intimité de l’usuel, le quotidien dans le temps de l’extraordinaire, l’intime, dans l’entendement nécessaire, l’invitation, dans la difficulté de rester, partir, non rester, rester. Le temps, les visages, ceux d’hier que l’on mélange à ceux d’aujourd’hui, la nostalgie, la peur, l’inconfort, ne rien savoir, le vide, un gouffre, le vertige.

Je ne sais pas 18


18

Un homme sur une chaise.

mercredi 16 mai 2012

Je ne sais pas 17


17

Une vie, attends, un bruit, attendre quelque chose sans savoir, l’inertie, un caillou, l’écho, une croix, une campagne, les blés écrasés, l’évocation de quelque chose peut-être, loin, le corps dans l’humidité, une gerçure, les mains douloureuses, des épaules chargées, le poids, l’effort se marque dans les commissures de la bouche, une tension, l’infusion à la chaleur de l’eau, le corps coule dans le fond aveugle et sourd. Les sacs plastiques au vent s’accrochent dans les branches des arbres, les sourires des femmes sont tristes parfois, l’infusion de ce que l’on ne sait pas, l’inconnue dans le bruit des autres, un effort sans pareil, l’envie de partir mais il faut rester, rester, rester, dans l’ancrage quotidien, dans ce qui nous retient, la peur et les bons moments, ailleurs il y a des sacs plastiques qui portent des vies, la roue, la langue, le remugle de l’inconnue, des visages tannés, la crainte de n’être pas aimé ou moins encore, reproduire l’écueil des erreurs séductrices de celui que je ne suis pas mais que je force, la vie, l’intégration, faire partie, absolument faire partie.

mardi 15 mai 2012

Je ne sais pas 16


16

Dans l’encoignure, une plinthe et le carrelage, l’endroit où se niche la crasse, les résidus, les restes. Un biscuit sablé que l’on trempe dans le café, dans le fond de la tasse, la soucoupe ébréchée sur une nappe tachée, des auréoles comme des traces d’hier, c’est la cuisine, la cuisine et sa table, parler d’une vie, de celle-là qui traverse, la solitude du plancher, le vernis vieilli, les fauteuils fatigués dans un autre coin, la tapisserie noircie, le temps, toujours le temps, le temps, regarde toute l’inaccessibilité qui sépare, dans les questions qui effraient de la verticalité de la paroi, la réponse qui n’en est pas une, le nuage sucré, la voix du chanteur préféré, le soleil dans les carreaux éclaire la poussière sur le sol. L’habitude du regard à se frayer un chemin, l’imbroglio, ce à quoi on s’accroche, loin de la ligne, le souvenir de la maison de l’enfance et de son chaos, le vide, le vide pour vivre, un monde ailleurs, loin des gémissements de la vie, de cet animal qui meurt péniblement, de l’épanchement des misères, de la reconstruction d’un autre monde, à la recherche du sens, le sens, les aiguilles de la montre, vertical, verticale. La fenêtre, l’objectif, s’extraire, s’inventer autre et ailleurs, la course, l’évasion, la fuite à travers, effrayer de devenir, l’oppression, immortel de cette chevauchée fantastique, les bras courts, les manches relevés, la transpiration le long de l’échine, ferme les yeux, les herbes te piquent les jambes nues, toute la colère dans les poches de ce bermuda, ces points rageurs que l’on serre et qu’ils ne voient pas, ces coups de poing, les douleurs que l’on s’impose, la table soulève les poussières des jours passés, rares sont les retours, la mort, et tout ça malgré l’amour. Dans les visages la peine, le sang, le silence de toutes ces peines étendues sur les lèvres inertes, la vie muette de ceux que l’on ne connaît jamais, de ces passants, du hasard presque, le hasard, une nuit de brouillard sur les rives du fleuve, le lit comme un berceau, la couleur de l’eau, une mélancolique coulante dans le courant des bateaux, pas des bateaux, des péniches de transport, ici il n’y a pas de plaisance, un peu parce qu’il faut bien rire, des berges, le halage où les chevaux usés tiraient la charge des barges trop lourdes, il y a longtemps. C’est là, dans le long du fleuve, juste avant le pont, là, pas ailleurs, l’enfant assis à cette table des adultes, il doit se taire comme s’il n’entendait pas.

Je ne sais pas 15


15

Une fermeture, un corps enclavé dans l’étourdissement de ses convictions, la crispation autour de l’amalgame, une soudure, fœtale de la naissance, naître aux influences inévitables, les piquets d’une clôture restent une limite dans l’absence du fil, influée sans être marquée, la chape. L’œuvre reste incomplète de la raison qui a poussé son auteur à la réaliser.

lundi 14 mai 2012

Je ne sais pas 14


14

Des chaises suspendues à des filins dans un ciel gris, il n’y a pas de places, des chaises, sur l’air comme des voiles, du papier translucide adoucissant la grisaille des jours, l’étonnement d’un objet détourné de sa fonction, le quotidien devenu extraordinaire, multicolore, des taches de couleurs dans la morosité, le sourire des passants, une robe de mariée avec du tulle, une danseuse, les pointes à la rambarde de l’escalier de la gare, la beauté d’une peau fardée pour la représentation, l’extraordinaire de l’imagination nécessaire au voyage quand il ne reste rien, des enfants jouent à la guerre sous les bombes, des cerfs-volants côtoient les larmes des soldats, dans l’insouciance quotidienne de certains d’autres se déchirent, c’est comme ça, dans la fatalité nécessaire pour que ça continue, dans l’explosion journalière de la colère de ces hommes qui crient la rancœur et de ces femmes qui pleurent la douleur des enfants. La clarté d’un nouveau jour, une éclosion dans toute cette difficulté, les fleurs au milieu des décombres, il reste toujours quelque chose, une trace dans la déflagration, un tremblement, la terre foulée par les pieds nus des enfants, des lambeaux, des debouts qui ramassent les couchés, cette volonté incroyable de vouloir malgré tout reconstruire, effacer le délabrement, de la chaux vive sur les mémoires des caves humides et odorantes. Le temps saccade, des convulsions, une réminiscence, la somme de l’inconnue qui compose la poésie de chacun, le corps en branle, des pas à la suite d’autres pas, le tempo dans le rythme des vies croisées, la fumée de cigarette par la bouche ou par le nez. Le tracé des lettres sur des lignes de papier, des oiseaux comme des cocottes, voir plus loin que le premier plan, lire plus loin que l’imprimé, une radiographie au-delà de la chair, les os, la fracture, la calcification, la charpente de l’image que l’on représente aux yeux des autres, la structure portante. Dans la suspension des chaises vides, les balançoires aux arbres des oiseaux sur la colline des enfants, près du ciel, juste là, à portée de voix, dans la discrétion de l’oreille, un chuchotement. Le secret peut-être, j’attends le temps nécessaire, un décompte, peut-être jamais, mais je ne veux pas ne pas entendre alors je me tais. Un rouge-gorge.

dimanche 13 mai 2012

Je ne sais pas 13


13

Toutes ces questions, des questions, tout ce qui brûle, les réponses comme des affirmations, dans l’empreinte du doute, je marche dans la trace gelée du précédent, dans le craquement, la brisure du gel, l’éloignement des plaques dans un mouvement lent et presque silencieux, silencieux à celui qui ne veut pas entendre. Nous nous éloignons sans pouvoir oublier l’origine, là d’où nous venons, une répulsion naturelle, l’épine, pas tous, pas tous. Des histoires sans parole, le son d’une horloge et le temps, le temps, une scie, un ruban. Je cherche à trouver au-delà du premier plan, l’évidence, l’image que vous voulez que je voie, j’en cherche une autre, une raison comme une excuse à cet état, le piano d’une mélancolie étrangère mais proche, le temps nécessaire et minimum pour atteindre, se laisser porter dans une confiance aveugle. Une femme étendue dans la neige, des lèvres rouge sang, toute la cruauté du désir, un froid qui enrobe un corps nu, une cruelle beauté dans le givre de l’image, la buée sur le carreau, tu t’éloignes, ne me laisse pas, les mains froides et douloureuses de l’absence, je rêve des femmes parce que je suis un homme, la générosité d’un abandon dans l’électricité des nuits, n’éteins pas je veux continuer à nous voir, les ombres exultent dans des lits drapés de blanc, ils s’aiment dans les nocturnes éclaboussantes, les incendies.